En 2013, nous rencontrions parmi 5 espoirs sportifs de Neupré le jeune Anouar Bougrine. Deux ans plus tard, 5 centimètres et 7 kilos en plus au compteur, Anouar nous recevait de nouveau chez lui, à Rotheux, le tout auréolé d’une cinquième place obtenue aux Championnats du Monde de karaté de Nagoya quelques jours avant. Une rencontre riche en sagesse et maturité…

Anouar, il y’a un peu plus de deux ans, tu t’entrainais encore avec Jean-Paul Tornatore. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Actuellement je suis entraîné par Marco Costa au KC Wallonie. Il a été plusieurs fois champion de Belgique et a déjà participé à des compétitions internationales. C’est différent d’avec Jean-Paul, que je remercie par ailleurs, car jephoto3 suis amené à m’entraîner contre des personnes plus âgées que moi et souvent d’un niveau similaire ou supérieur au mien. Dès lors, je sens que je progresse et que mon niveau augmente encore.

Tu t’es également épaissi physiquement au cours des dernières années. Cela t’a-t-il amené à changer de catégorie ?

Oui ! Aujourd’hui je concours en moins de 17 ans et moins de 76 kilos. Je suis donc passé à la catégorie supérieure mais en règle générale, mes adversaires sont toujours les mêmes qu’auparavant. Nous avons tous grandi et pris du poids et nous nous recroisons régulièrement lors de compétitions en Belgique ou à l’étranger.
Aujourd’hui j’aimerais d’ailleurs prendre du poids pour rivaliser contre les adversaires plus costauds que moi. Je suis un karatéka qui bouge beaucoup, qui frappe et ressort direct, je suis assez rapide. Mais il me faut aussi de la masse pour rivaliser contre les plus lourds. On voit fort la différence pour seulement quelques kilos et quelques centimètres de plus. Même si je connais plus de facilités à combattre quelqu’un de plus grand que moi…

Est-ce que tu t’entraînes pour une compétition en particulier pour l’instant ?

Oui, le 12 septembre, il y’a une grosse compétition au Luxembourg, la Lion’s cup qui peut rapporter beaucoup de points pour intégrer à nouveau l’équipe nationale. J’y ai déjà participé deux fois mais sans y faire de résultats. Cette année je suis déjà plus confiant. Je peux dire que je le sens bien.
Ensuite il y’a des compétitions qui arrivent à Koblenz en Allemagne, à Pilsen en République Tchèque et en Belgique du côté de Louvain.

Ton temps est donc toujours précieux puisque en plus d’un entrainement intensif, tu es étudiant et professeur de karaté à Neupré. Comment se déroule pour toi une semaine classique ?

Le lundi, je donne cours à l’Académie Karaté Neupré aux enfants en deux groupes distincts (5 – 8 ans et 8 – 13 ans) ainsi qu’aux adultes à partir de cette année. Les mardis et jeudis sont réservés aux entraînements avec Marco et le mercredi, j’essaye systématiquement d’aller courir. La journée bien sûr, je suis à l’école et dès que je rentre, je consacre du temps à l’étude et à la préparation de mes devoirs pour le lendemain. Le sport passe ensuite.
Quant à mes week-ends, une à deux fois par mois, je suis en compétition, en Belgique ou à l’étranger. Mais sinon, j’ai encore du temps pour moi et pour voir mes amis.

Tu étais au Japon la semaine passée. Sais-tu nous dire ce que tu y as fait ?

J’y étais à l’occasion d’une compétition pour laquelle j’ai été sélectionné photo6
il y’a peut-être plus de deux ans déjà : le Championnat du Monde de karaté Wadokaï. Ca fait donc une éternité que j’attendais ce moment. C’était la première fois que je voyageais aussi loin de chez moi. J’y suis resté deux semaines et j’ai eu l’occasion de visiter 5 villes : Osaka, Nara, Hakone, Nagoya où se déroulait la compét’ et Tokyo. Ca s’est très bien passé sur place malgré le climat qui est tout autre que le nôtre. Il y fait très chaud et lourd.

Sinon, je m’étais très bien préparé pour pouvoir faire un résultat mais malheureusement je ne suis pas arrivé à me qualifier pour les demi-finales. J’ai été défait en quart de finale par un écossais après avoir battu un azéri et un allemand aux tours précédents. J’ai manqué de chance et je l’ai d’ailleurs  encore en travers de la gorge. Je gagnais 3 à 0 avant qu’il ne revienne à 3 partout et qu’il me batte à deux secondes de la fin sur un « ura mawashi » (coup de pied circulaire de l’intérieur vers l’extérieur, la plupart du temps à hauteur de tête). Je passe donc tout près d’une demi-finale qui m’aurait peut-être permis d’obtenir une médaille.

Comment as-tu vécu ton expérience sur place ?

Je suis parti avec l’équipe nationale, sans mes parents. Mais je les photo7 contactais tous les soirs pour leur raconter mon voyage, leur envoyer des photos. Finalement, c’est un peu comme s’ils m’accompagnaient. J’ai vécu cela comme une magnifique expérience. En arrivant là-bas, je n’en croyais pas mes yeux… c’est inoubliable. C’est dommage que la délégation belge n’ait pu faire de meilleurs résultats cette fois-ci.

Et qui étaient les plus forts selon toi ?

Il y avait pas mal d’européens dans ma catégorie mais en règle générale, les japonais sont au-dessus de la mêlée. Sinon, les allemands et les français ne se défendent pas mal et apparaissent régulièrement sur les podiums.

Un podium que tu as atteint, non pas au Japon mais en Italie au mois de mai cette année ?

Oui. C’est une compétition internationale de karaté traditionnel qui sephoto5 déroule tous les deux ans à Rimini. « Traditionnel », cela veut dire qu’on y applique l’ancien règlement, à savoir que les coups se donnent vraiment. Nous portons des gants très fins et aucune autre protection. C’est donc bien différent de ce qu’on applique comme règle maintenant au niveau mondial. D’ailleurs, les compétitions de ce genre sont de moins en moins nombreuses. C’est un peu trop violent et cela ne véhicule plus les valeurs et la philosophie que souhaite véhiculer le karaté aujourd’hui. Et cela dans le but de devenir une discipline officielle des Jeux Olympiques en 2020.

Quels sont tes prochains objectifs sportifs justement ? Les JO peut-être ?

Je n’ai pas encore d’idée précise mais les JO cela semble incroyablement difficile. Je dois monter dans la catégorie sénior en 2016 et je vise donc à m’imposer dans toutes les compét’ où je suis amené à concourir d’ici là. Enfin, aucune idée… En janvier 2016, les Championnats d’Europe tous styles se déroulent à Chypre. Pour y participer, il faut être le meilleur belge en termes de ranking dans sa catégorie. Il faut donc que j’accumule le maximum de points lors des compétitions que je citais tout à l’heure au Luxembourg, à Pilsen et à Louvain.photo8
Mais il existe aussi les jeux européens, qui se déroulaient dernièrement à Bakou. À cette occasion une belge y est allée. Mais c’était la première depuis longtemps. Il faudra donc que je continue à travailler pour atteindre le Top10 du ranking mondial car c’est sur ce classement que se basent les sélections pour les plus grandes compétitions. Les prochains jeux européens se dérouleront en 2019.

Et penses-tu avoir encore une belle marge de progression ?

Oui fort. Le niveau est déjà radicalement différent entre les séniors et les concurrents de ma catégorie d’âge. Entre les nations aussi. Dans certains pays, les karatékas sont considérés comme sportifs professionnels. Par exemple en France, le karaté fait partie des sports qu’il est possible de pratiquer au sein même d’un établissement scolaire. Nous en sommes loin en Belgique où le football, le tennis et le basket raflent toute la mise. Mais oui, je pense bien qu’après un temps d’adaptation en sénior, mon niveau va encore augmenter.

Dorénavant c’est toi qui t’occupes des cours et des stages de karaté à Neupré. Comment est-ce que cela se passe ?

Comme je l’ai dit les cours se déroulent le lundi à l’école primaire dephoto9 Neuville. Concernant les stages, je m’en occupe à Noël, au Carnaval, à Pâques ainsi que pendant les grandes vacances. Cela  fait donc un mois de stage minimum sur toute l’année. Mes parents ont créé l’ASBL Académie Karaté Neupré en 2014 et on gère cela en famille. Mon père et son ami Jean Demeyer s’occupent de l’aspect administratif tandis que Sabrina et Nesrine, mes sœurs, me donnent des coups de main pour la gestion quotidienne des cours et des stages. C’est vraiment sympa car elles doivent s’entraîner en parallèle de l’aide qu’elles m’apportent et ce n’est pas toujours simple.

Ta famille semble avoir beaucoup d’importance à tes yeux ?

Oui, je dois tout à mes parents. Ils ont toujours été à mes côtés. Mon père m’accompagne très souvent pour les compétitions, que ce soit en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas. Il me conduit aux entraînements, patiente dans l’auto en attendant que ce soit terminé, etc… Il est vraiment d’une grande aide, au même titre que ma maman. S’ils pouvaient m’accompagner partout, ils le feraient j’en suis sûr.

Ca semble parfois difficile d’assumer toutes les dépenses liées aux compétitions ?

Oui c’est vrai. Cependant, la situation est meilleure qu’avant ; on se sent plus soutenu. Pour le Japon par exemple, on a fait une soirée destinée à financer le voyage. Les bénéfices générés par les stages servent aussi pas mal. Mais pour le reste, nous payons toujours de notre poche. photo4
Sinon concernant les sponsors, ils interviennent pour les infrastructures du club mais ils restent peu nombreux. Et à l’exception de quelques rares compétitions au Maroc ou à Dubaï, il n’y a pas de récompense financière pour les vainqueurs en compétition. On ne gagne pas sa vie en faisant du karaté. Je profite d’ailleurs de l’occasion qui m’est offerte pour remercier les personnes et les sponsors qui m’ont soutenu dans le cadre de mon aventure du Japon.

Et à l’école, comment cela se passe-t-il ?

Bien ! J’ai changé récemment pour intégrer l’option informatique et Math en cinquième secondaire. Je compte toujours privilégier l’école par rapport au karaté et d’ailleurs, j’espère pouvoir aller à l’Université de Liège dans deux ans pour commencer un Master en Informatique et devenir informaticien.
En voilà un beau projet de reconversion pour ton avenir. Pour conclure, sais-tu conseiller les lecteurs qui seraient intéressés de venir te voir combattre prochainement ?
J’ai une compétition prochainement à Sittard ainsi que celle de Louvain pour laquelle je devrai tout donner afin d’empocher le maximum de points en vue d’une autre qualification avec l’équipe nationale. N’hésitez pas !

Anouar a connu une année 2015 riche en compétition dont voici la liste non-exhaustive :

Coupe Michael Milon, Bettembourg (Luxembourg) : 3e place
Barbarossa Cup, Kaiserlautern (Allemagne) : 1e place
Championnat de Belgique Karaté tous styles, Namur : 3e place
Championnat de Wallonie, Namur : 1e place
Coupe de Belgique Wado, Bilzen : 2e place
Coupe internationale de Karaté traditionnel, Rimini (Italie) : 1e place
Open de Rotterdam, Rotterdam (Pays-Bas) : 3e place
Coupe du monde de Karaté Wado, Nagoya (Japon) : 5e place
Lion’s CupStrassen (Luxembourg) : 2e place