Ce mois-ci, nous vous rapportons à nouveau dans nos bagages un grand voyageur, Bernard Marchal. Cet ancien enseignant nous livre sans détour ses histoires de voyages, mais surtout ses expériences de vidéaste plusieurs fois primé… shhhuttt, ça tourne !

Bernard Marchal, en quelques phrases, pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Né à Seraing, j’ai passé au Val Saint-Lambert mon enfance et mon adolescence. J’ai étudié au Collège de Seraing où, à l’époque, je rêvais de voyages et d’horizons lointains, sans doute comme beaucoup d’enfants de ma génération qui plongeaient volontiers dans les B.D. de Hergé et les romans de Jules Verne.
Vers 18 ans, à l’heure où nous devons faire nos premiers grands choix de vie, j’entreprends la philologie romane à l’Université de Liège. Une fois l’agrégation passée, j’ai commencé la carrière de professeur de Français, au Collège Saint-Martin. Je ne regrette en rien ce choix de l’époque: j’ai beaucoup aimé l’enseignement, même si ça m’a demandé forcément de renoncer à d’autres carrières qui me tentaient, comme le journalisme. C’est un métier que j’ai exercé durant 34 ans avant de prendre une préretraite pour me consacrer entièrement à mes passions: le reportage, le film documentaire et le voyage. En fait, au terme de mes études en philo et lettres, j’avais beaucoup songé à entreprendre une carrière dans le journalisme international, mais j’ai pris le parti de mettre momentanément de côté cette vocation. J’avais une vie de famille, un premier enfant et dès lors cette carrière de globe-trotter, caméra au poing, étant peu compatible avec la vie de famille, j’ai bien dû mettre cette envie sous l’éteignoir.  Durant 10 ans, je vais alors enseigner et laisser somnoler ce désir de voyage et de découverte.

Que se passe-t-il ensuite ?
b.march2

En 1986, nous partons, mon épouse et moi, pour un grand voyage en Asie du Sud-Est. Ce périple est venu réveiller toutes ces envies que j’avais enfouies en moi. L’année suivante, je suis reparti pour un nouveau périple en Indonésie, sac au dos, pendant les deux mois de vacances d’été… La tentation était désormais trop forte. Il me fallait trouver un compromis entre la vie de famille et l’aspiration aux métiers du voyage et du reportage…

C’est à cette époque que vous découvrez une association de voyageurs ?

Je découvre un jour l’existence d’une association qui regroupe des grands voyageurs guides, avides de découvertes en dehors des sentiers battus, désireux de privilégier la rencontre humaine et disposés à partager leurs expériences en guidant de petits groupes de voyageurs. Dès le lendemain, j’étais à Bruxelles dans ses bureaux pour poser ma candidature. En 1988, j’ai ainsi commencé à accompagner des groupes, en Indonésie d’abord, dans cette philosophie du voyage qui me convenait très bien.
Ça a duré quelques années ainsi. Je partais en juillet pour guider des groupes; je passais le mois d’août à prospecter différents coins d’Indonésie ou d’autres pays d’Asie pour créer de nouveaux circuits. J’ai ainsi parcouru les îles les plus reculées d’Indonésie, puis des régions peu connues en Thaïlande, au Laos, en Birmanie, en Inde, au Népal, au Cambodge, en Malaisie, dans les Philippines etc. Le rêve ! Durant l’année scolaire, je faisais des conférences-diaporamas-voyages, vitrine des circuits de l’association.

Dans les années nonante, nous avons entrepris, un ami et moi, nos propres expéditions, un peu plus corsées, comme par exemple les traversées à pied de la jungle centrale de Bornéo.

Durant tous ces voyages, êtes-vous systématiquement armé de votre appareil photo ?

b.march3
Oui. Je réalisais beaucoup de dias pour illustrer les conférences que nous assurions en tant que guides. Je pense que de 1986 à 1998, ce ne sont pas moins de 15 à 20.000 diapositives que j’ai ramenées de mes périples. La passion de l’image a toujours accompagné chez moi celle du voyage. Cela procède de la même démarche en fait: rapporter des témoignages.

Comment arrivez-vous à ce moment à concilier votre métier d’enseignant avec votre soif de voyages ?

Difficilement puisqu’à partir de cette époque, je devais prendre des congés sans solde si je voulais augmenter mon temps de présence sur le continent asiatique. Je prolongeais par exemple certaines périodes de vacances. Puis en 1998, je quitte mon poste pendant 4 ans pour me consacrer pleinement au voyage. Pour subvenir à mes charges financières, j’importais des  meubles d’Indonésie. J’avais cette opportunité d’être sur place pour en assurer la fabrication. C’était une bonne façon pour m’offrir de pouvoir voyager pendant au moins 6 mois l’année. En 2002 cependant, j’ai repris comme prévu mon métier d’enseignant, car l’interruption ne peut pas durer indéfiniment. J’exercerai encore ma profession jusqu’en 2009 avant de prendre une préretraite. Durant ces sept années, je recommence à voyager comme je le faisais avant mon interruption en 1998.

Est venu aussi  le moment où la vidéo va prendre le pas sur la photo ?

Le passage a été progressif. Durant les années nonante, nous avions déjà goûté, mon ami Daniel et moi, aux joies du cinéma lors du tournage d’un film sur nos expéditions dans Bornéo. Cette expérience de tourner en 16 mm avec une Bollex Paillard a été un beau terrain d’apprentissage. Pendant ma pause carrière, j’ai eu l’occasion de remplir aussi quelques missions pour une chaîne de télévision consacrée au voyage. Ce fut aussi une d’occasion d’apprendre.  En 2006, j’ai enfin acheté ma première caméra « pro » et j’étais prêt pour un vaste projet: retourner dans tous les endroits d’Indonésie qui m’avaient touché pendant 18 ans de fréquentation et mettre tout ça dans la boîte. Mais tourner n’est rien. C’est le travail de montage qui est énorme. Et pendant 2 ans, j’ai appris pas à pas à me servir de tous les outils requis, en intégrant un club de vidéastes à Liège, où on rencontre des membres qui, bien qu’amateurs, sont à la pointe sur le plan technique. Ça m’a amené ainsi à finaliser mes documentaires et à les mettre dans tous les festivals du cinéma dit « amateur » (qu’on devrait plutôt appeler cinéma « non commercial »). Et ce avec une certaine réussite: j’ai été honoré de 5 médailles d’or en 5 ans de participation au concours annuel de l’Eplicina (province de Liège); j’ai reçu aussi  5 années d’affilée un Premier prix National dans  les catégories « reportage » ou « documentaire », de 2009 à 2013.

Le tout avec un sujet qui est un peu votre marque de fabrique : le peuple indonésien…

Oui c’est mon sujet de prédilection. C’est aussi celui que je connais le mieux. Au fond des choses, il y a chez moi la croyance que le bénéfice du voyage, c’est de fréquenter d’autres modes de pensée, d’autres concepts, d’autres rapports que les humains entretiennent avec le travail, le temps, l’argent, la famille; bref d’autres valeurs; ce qui permet de regarder avec un sens critique plus aigu les valeurs qui déterminent ici nos modes de vie. Quant au documentaire, c’est une façon de témoigner de ces rencontres. À la base, il y a d’abord une émotion. Sans cet élément affectif, je ne saurais pas construire un film. En tout cas pour le moment.

Mais votre palmarès ne s’arrête pas là ?

Non, c’est vrai. La Fédération nationale belge sélectionneb.march1 chaque année les meilleurs films du pays et les envoie au  concours de l’UNICA organisé sous l’égide de l’UNESCO. C’est en quelque sorte le championnat mondial du cinéma non commercial. J’ai eu la chance de voir deux de mes réalisations sélectionnées pour ce concours mondial, l’une en 2012 et l’autre 2013 et  j’ai été honoré les deux fois de la médaille de bronze. Une très belle récompense.

Vous qui avez énormément voyagé, n’avez-vous jamais trouvé herbe plus verte qu’à Neupré ?

Non. La vie en Belgique comme celle en Asie du sud-est présente des avantages et des inconvénients. « Il n’y a pas de roses sans épines ». D’autre part, mes racines sont ici en Belgique. Ma famille et notre environnement culturel  me manqueraient énormément si je vivais essentiellement en Asie. Je pense avoir trouvé un bon équilibre à présent en me partageant entre le pays où je suis né et mon pays d’adoption. Et puis, il y a d’autres projets de tournage, après l’Indonésie…
Enfin les films que je tourne là-bas doivent être montés et montrés et cela nécessite absolument que je sois ici. Et mon rôle de grand-père, il est prioritaire sur tout cela…

Par ailleurs, vous tournez aussi à propos de Neupré. Sur le Memorial Day mais également sur la boucle de l’Ourthe. Deux films qui seront disponibles sur notre site Internet…

J’ai réalisé ce film sur le cimetière américain et plus particulièrement le Memorial Day car c’était un sujet qui me tenait beaucoup à cœur, qui concerne aussi notre commune. Un film éducatif. Et c’était l’occasion de faire passer un autre message tout en suivant la démarche qui a toujours été la mienne depuis que je tourne des films.

Le second film sur la Boucle de l’Ourthe sera prêt l’année prochaine. Il me permettra de mettre en valeur ce patrimoine exceptionnel qui est tout proche de chez nous. La promenade au bord de l’Ourthe, le chemin de crête près de la Roche aux faucons, ce sont mes endroits préférés à Neupré…

Et en guise de conclusion, pour vous, Neupré c’est…

Neupré est le terreau dans lequel je plonge mes racines… tandis que l’Indonésie est celui où je suis dans mon essence.
Les deux sont tout simplement complémentaires. Ils me représentent autant l’un que l’autre.

________

Visionnez le film sur le Memorial Day ici mais aussi quelques réalisations exemplatives du travail de Bernard Marchal sur Vimeo

À la recherche d’un club de vidéastes et cinéastes à Liège ? Pour tous ceux qui veulent apprendre à manier une caméra et à monter leurs films, Le Royal ciné-vidéo 8/16 s’adresse à tous, aussi bien pour entreprendre des films ambitieux que pour monter de simples films familiaux. »