Ô Belgique, Ô mère chérie ! Pays à la culture brassicole débordante s’il en est, « Onze vlakke land » compte non moins de 1200 bières différentes brassées en son sein ! Et puisque l’une d’elles est neupréenne, on ne pouvait ne pas lui tirer le portrait. Rencontre avec Anne Bourgeois, Dominique Hastir et Guido Verbruggen, Neupréens d’adoption et pères et mère de la Bressene, LA bière de Neupré…

On ne devient pas brasseur du jour au lendemain, mais il faut bien un début à tout. « C’est en 2006 que j’ai pris la décision de consacrer un peu de mon temps au brassage d’une bière dans le fond de mon garage. Ma femme Régine Dangoxhe et mes enfants m’avaient offert le matériel de brassage et j’ai pu commencer mes essais », nous confie d’entrée Guido Verbruggen.

« On évaluait notre bière au goût avec des amis et la plupart du temps, les commentaires s’avéraient élogieux. Mais vous savez, c’est parfois difficile de s’assurer de l’objectivité de vos proches. Bien souvent, ils cherchent à ne pas vous vexer… », poursuit-il.
À la recherche de personnes impartiales, c’est alors vers quelques collègues bruxellois que se tourne naturellement Guido. Ainsi, quelques vendredis en fin de journée, un petit groupe se réunit pour terminer la semaine en douceur et… déboucher quelques « spéciales ». Dans le lot des breuvages, systématiquement une cuvée condrusienne.
« Le vendredi vers 17h00, nous prenions place dans un bureau et je proposais une dégustation des bières que j’emportais avec moi ; À l’aveugle bien entendu. Il y en avait cinq ; La mienne bien sûr et quatre autres de marques bien connues, appréciées et commercialisées en Belgique. »

La dégustation terminée, le brasseur en chef demande à ses convives de noter la qualité de chacune d’entre-elles en leur attribuant un classement.
Souvent bien évaluée – et briguant parfois la première marche du podium -,  la bière de Guido se voyait appréciée à l’extérieure des sphères familiale et amicale parfois trop partisanes.
« C’est d’ailleurs à partir de ce moment que nous avons décidé, avec Dominique (Hastir) d’améliorer notre processus de fabrication ; De passer du hobby pur et simple à quelque chose de plus complexe ».

En 2011 effectivement, encouragés par les critiques positives et avis reçus vis-à-vis de leur bière, Guido et Dominique, associés à Anne, prennent la décision de commercialiser leur bière sous un nom évocateur et parlant pour les plus anciens Neupréens… La Bressene !

Tout d’abord distribuée sur le territoire communal, les petites surfaces commerciales de Plainevaux, Nandrin et bien entendu Rotheux sont les premières à tendre les bras au trio ! Viendront ensuite s’ajouter aux distributeurs d’autres surfaces commerciales mais aussi divers établissement dont l’incontournable « Vaudrée ».

Mais à quoi ressemble-t-elle cette fameuse bière ? Blonde, légèrement ambrée, la recette originale emploie 3 types d’orge ainsi que trois types de houblons, tous européens. Alcoolisée à hauteur des 8°, elle est raffinée et refermentée en bouteille.
Et au goût ? Typiquement amère et n’étant ni filtrée, ni pasteurisée, elle serait à placer dans une catégorie similaire à celle d’une trappiste d’Orval.

Dominique Hastir nous explique : « N’étant ni filtrée, ni pasteurisée, notre bière continue à murir une fois embouteillée. Ainsi, elle se bonifie ! En cela, elle est comparable aux bières comme celles d’Orval qui offrent à l’amateur de bière, une saveur différente selon que la mise en bouteille soit récente ou un peu plus ancienne. »

Comme le précisait le trio, les bières filtrées et pasteurisées sont aujourd’hui l’apanage des grands groupes brassicoles cherchant à obtenir un produit constant, sans modification de goût ou de couleur malgré l’utilisation de différents types d’orges selon les périodes.

Guido, Dominique et Anne ne mangent pas de ce pain là ! Eux, ils aiment à boire une bière avec une histoire, comme ils le disent : « La Bressene est une bière vivante qui voit ses qualités aromatiques se développer encore lorsqu’on la laisse vieillir un peu . »

Mais la Bressene aurait-elle une âme ? Peut-être… Quoi qu’il en soit, la recette actuelle est née à quelques dizaines de mètres  de  là où, quelques 500 ans auparavant, les villageois venaient brasser leurs bières à tour de rôle. Une bien belle coïncidence pour Guido, dont l’épouse provient de la famille Dangoxhe, propriétaire originelle de la Brassine. Bâtiment (aujourd’hui propriété de la famille Lamarche) que l’on retrouve d’ailleurs sur l’étiquette de la bouteille. Preuve d’un fort encrage local !

« La bière est effectivement née dans la Petite Rimière. Malheureusement, n’ayant pas l’espace suffisant pour développer notre entreprise et pour répondre à la demande, nous sommes contraints d’aller brasser notre bière un peu à l’extérieur de Neupré, chez un ami brasseur en Province de Liège. » nous avoue Guido.

Il faut dire qu’aujourd’hui ce sont tout de même 2000 litres que brasse notre bande chaque trimestre. Dominique précise : « Cela nous a amené à produire non moins de 55.000 bouteilles de ‘’Bressene’’ depuis 2,5 ans. Quand on y pense, cela fait déjà un sacré paquet. Et hormis quelques manutentions nécessaires, nous respectons toujours notre recette d’origine.»

Et sur 55.000 bouteilles, certaines ont voyagé bien au-delà de nos contrées noire, jaune et rouge. Habituellement commercialisée à la bouteille, on retrouve également La Bressene dans des packs cadeau. Une preuve de réussite pour cette bière neupréenne.

Ainsi, la Bressene a déjà voyagé jusqu’en Alaska ! Excusez du peu… « Un brasseur d’Alaska s’était rendu en Belgique afin de visiter de nombreuses brasseries belges dans le but de se perfectionner. Il a gouté la Bressene et nous a directement réclamé d’autres bouteilles pour retourner au pays. »

De quoi leur donner envie de diversifier  leur gamme ? Un jour probablement si l’on en croit Dominique : « Nous n’avons plus  l’intention de  faire évoluer notre premier produit puisque notre clientèle est satisfaite du produit proposé. Par contre, nous pensons doucement à en développer une seconde … »

Après avoir testé le brassage d’une brune l’année passée, celle-ci s’était avérée trop forte en alcool. Plus proche d’une bière de Noël, ça n’était pas encore ce que notre groupe attendait. « C’est impossible de créer une bière en une seule fois. On est peu souvent déçus du résultat mais la bière est un produit qui se transforme vite. Et quoi qu’elle se transforme souvent très bien, toutes ne peuvent pas être commercialisées ; Nous devons viser juste ! »

Bref, Anne, Dominique et Guido y travaillent, tout en nourrissant une douce ambition ; Celle de boucler la boucle en revenant, enfin, brasser leur Bressene à Neupré ! Sur la terre des ancêtres Dangoxhe…

Retrouvez les différents points de vente de la Bressene ici.