La ferme de la Brassine

À propos de la « Brassine »…
Une ancienne photographie de la « Brassine » (située à l’angle des rues Labay et Brassine en direction des Sept Fawes), était accompagnée de la légende suivante:
« Autrefois, la Brassine était appelée ‘brèssène’, en français ‘brasserie’, c’est-à-dire un endroit où était fabriquée la bière. Cependant une expression liégeoise, tirée du dictionnaire de Jean Haust, ‘aler lodjîal grande brèssène’, signifie en fait ‘aller en prison’. (..) L ‘hypothèse de la prison pourrait être retenue si l’on fait référence au fait historique de 1562 quand les habitants d’Esneux sont montés à La Rimière pour y briser les portes de la prison ».

Brassine ou prison?

Au XVIème siècle existait à La Rimière la « maison brassine » où l’on pouvait « brasser ou faire brasser ». Son emplacement est précisé : la « brassinne de Labeau »; un « cortil » non loin de là est ainsi localisé: « joindant damont a une piedsente (=chemin) tendans delle brassine de lad(it)e Rimiere az septfawes daval audit grigoire et vers moese (=Meuse) a une maison qui ja fut (=qui jadis appartint) a charle dangoxhe ».
Elle est décrite comme suit : « La maison brassinne utencilles (=ustensiles) preis (=prés) bois et hayes appendices et app(ar)tenances… ».
Il s’agissait donc bien d’une brasserie située à l’endroit occupé par la Brassine d’aujourd’hui.
En 1572, le propriétaire en est connu: « n(ot)re c(on)frere Robert (Dangoxhe) brasse(u)r de Labeaux », qui fut effectivement « eschevin » puis « mayeur » de la Cour de Justice de la Rimière en Condroz de 1569 à 1579.
Dès le décès de Robert Dangoxhe en juillet 1592, deux familles, défendues par leurs représentants en justice, se disputent l’héritage.
Un long procès va opposer d’une part, la famille de sa première épouse, Aylid de Labeau, qui affirme qu’il lui a « este faict relieff (=qu’il lui a été fait don) » des biens en question et d’autre part, Jehenne de Bouresse, sa seconde épouse, qui entre-temps s’est remariée avec Jean delle Wiche.
La Cour de Justice de La Rimière reste indécise.
Elle cherche des mois durant dans ses archives. Une fois, elle se voit même obligée de reporter l’affaire parce qu’elle n’a pu réunir ses membres.
En 1595, le litige prend un tour nouveau. À force de fouiller dans ses « pappiers », la Cour de Justice constate que en 1590, deux ans avant sa mort, Robert Dangoxhe a « rendu a stuyt » (= donné en location) sa « maison brassine / vasseaux / Jardins / preis / terres / bois / et hayes avecque ses aultres heritaiges… » à « honneste home henry delle haye », le mayeur de l’époque qui plus tard cédera son bail à son frère Grégoire.
Il ne semble plus exister de documents concernant l’issue du procès mais il ne fait aucun doute qu’il s’est conclu en faveur de Jehenne de Bouresse.
En 1598, Jean delle Wiche, son second époux, s’enquiert auprès de la Cour de « la manier (=manière) coment feu Robert dangoxhe avoit rendu et fait transport ap(ro)ffit de henry delle haye ou son frère de La maison brassinne ».
En 1606 et 1607, Jehenne « relicte (=veuve) de feu Robert dangoxhe » cède une partie des rentes payées par son locataire à Anthoinne, Wathier et Coune « enffans et orphelins audit feu Robert et par Luy de Legittime mariaige engendrez a corps de Lad(it)e Jehenne ».
En 1609, Grégoire delle Haye se décide à acheter la Brassine dont il a été si longtemps locataire… mais ceci est une autre histoire.

Paul D. -novembre 1995.

Bibliographie:

  • Plaquette réalisée par Mémoire de Neupré-septembre 1991-Imprimerie Larock ANS.
  • AEL, Cour de Justice de La Rimière en Condroz, 1560-1634.