Ce site, n’est actuellement plus ouvert au public, néanmoins vous pouvez voir le château depuis la rue de l’Ermitage.

C’est au XIIIe siècle que l’on situe l’origine du village de Neuville-en-Condroz. Les masures de l’époque se sont groupées autour du château, base de l’édifice actuel. Construit en moellons de grès, le château fort était entouré de douves dont un ou deux ponts-levis permettaient le passage. Les douves existent toujours mais les ponts-levis ont été remplacés par les ponts que nous connaissons. Un donjon veillait sur la propriété. Les trois tours, nanties de meurtrières, dateraient du XVème siècle.
Durant les cinq premiers siècles de son existence, les seigneurs DAMMARTIN, MARTEAU et WARNANT administrent le domaine.
En 1724, la famille de LANNOY, devient, par mariage, propriétaire du domaine pour une période de 130 ans. Elle apporte de conséquentes modifications au château. De forteresse, il devient « demeure de plaisance ». Le château de Neuville figure alors parmi les plus remarquables de la Principauté de Liège. Nous sommes au XVIIIème siècle, époque qui s’éveille à un certain art de vivre traduit par une phase intense de construction et de rénovation. Des fenêtres furent ajoutées aux façades. L’intérieur entièrement décoré de boiseries et de stucs soignés de goût rocaille, voir de style Louis XVI. La demeure présentait un Jardin Régulier dit à la française.
A cette époque, l’accès au château se fait par le Sud, côté jardins. Une allée bordée de tilleuls existe encore dans le domaine du Cimetière militaire américain.
C’est en 1758 qu’apparaît la grande ferme, nouvellement ceinturée de douves et d’étangs. Parfaitement homogène, en brique et calcaire, dans le style liégeois, cette nouvelle ferme est disposée en U vers le château.
On remarque deux ailes symétriques d’écuries, de dépendances et d’habitation qui rejoignent le volume transversal d’une vaste grange, véritable cathédrale. Le tout est recouvert de toitures à la Mansart.
Au XIXe siècle, le comte Adrien de LANNOY, dernier de sa lignée, et son épouse, Baronne de TORNACO, en sont les seigneurs. En 1854, le comte meurt sans postérité. Tous ses biens reviennent à son épouse, Marie-Amélie de TORNACO.
A cette époque, le château n’est pas qu’un château. C’est, avec ses forêts, ses prairies, ses fermes, son moulin, tout un domaine où architecture et verdure vivent en parfaite harmonie. Le milieu naturel est exceptionnel : chênes, hêtres pourpres, pins, peupliers. Des arbres exotiques y sont introduits. La forêt participe à l’économie de la région. Vers les années 1857-1858, le château et son ensemble domanial ( +/- 700 ha.) représentent 90% de la superficie de la commune de Neuville-en-Condroz.
Les années 1880 voient les travaux du chemin de fer vicinal VAL-SAINT-LAMBERT CLAVIER pénétrer dans la propriété.
Nous entrons au XXe siècle.
Août 1914, les allemands occupent le château. Ils soupçonnent le Baron de TORNACO de communiquer leur position au fort de Flémalle et de Boncelles. D’importants bombardements endommagent fortement le château. Celui-ci est pillé par l’occupant. Les meubles sont brisés ou jetés dans l’étang. Les tableaux sont lacérés. Les livres sont détruits. Les collections de cristaux et de porcelaine sont embarquées vers l’Allemagne. En 1918, les Canadiens s’installent au château qui se délabre de plus en plus.
En 1940, le château est à nouveau occupé par les troupes allemandes. Les membres de la jeunesse hitlérienne l’investissent. Le dernier baron de TORNACO, célibataire, y meurt en 1943. Avec lui s’éteint la Seigneurie de la Neuville. Le Domaine est mis en vente et morcelé. Une grande partie de la périphérie du domaine a été vendue par petites parcelles. Le 15 avril 1944, la Commission Royale des Monuments et Sites a établi un dossier tendant à classer l’entièreté du domaine de Neuville-en-Condroz. Hélas, ce classement proposé pendant l’occupation allemande, sous le régime du Grand Liège, par arrêté constitutif de celui-ci, a été frappé de nullité par arrêté-Loi du 5 mai 1944.
En octobre 44, c’est au tour des soldats américains de s’installer au château. En décembre de cette même année, deux bombes volantes (V1) tombent à proximité du château, dans l’étang, endommageant gravement le château. Une grande brèche a été faite sur l’aile nord-est, une partie de la toiture a été soufflée, les menuiseries extérieures ont par conséquent subi, elles aussi, de graves dégâts.
Le château héberge alors les personnes déplacées (prisonniers de guerre ?) d’origine polonaise, tchèque, yougoslave. L’un après l’autre, lambris, portes, panneaux décoratifs, bref, tout ce qui peut brûler, passent dans la cheminée en bois de chauffage.
Le château est vendu à un marchand de meubles de Malines. Il construisit dans la ferme, une scierie, dévasta la forêt de ses chênes, mit un intendant qui vida le château de ses planches, de ses marbres et tout ce qui restait de valeur fut livré aux chiffonniers.
En 1946, plusieurs familles de la région de Seraing, habitent dans les coins plus ou moins préservés du château, dans une absence totale de commodité et de confort.
En séance du 28 février, de cette même année, le conseil communal présidé par le bourgmestre de l’époque, Monsieur GONY, s’intéresse au dossier rédigé en 1944 concernant le classement du domaine. Le conseil rejette la proposition de classement de l’entièreté du domaine pour les motifs suivants : le classement du domaine porterait un très grave préjudice aux finances communales et à la population. Cependant, il émet un avis favorable au classement du château et d’une partie du parc, c’est-à-dire, le jardin, la ferme et les alentours immédiats.
En 1951, quelques articles paraissent dans la presse afin d’attirer l’attention sur l’état de délabrement constant du domaine (La Meuse du 23/11/51). La Commission de Protection des Monuments et Sites s’émeut à son tour et des rapports sont rédigés. De grands projets voient le jour, transformant le domaine en un ensemble sportif et jardin d’agrément. Mais rien ne se fait. L’industriel MICKIELS commence à lotir. L’immense domaine est irrémédiablement morcelé.
Pendant de nombreuses années le château est abandonné, livré aux intempéries et aux pilleurs.
En 1962, le domaine est acquis par monsieur JACQUEMOTTE de Liège. Le château est exploité en brasserie-restaurant tandis que la ferme est devenue un cercle d’équitation.
Dans les années 1990, monsieur JACQUEMOTTE voulait absolument vendre son château. Il le vend à monsieur MATHY qui a l’espoir de le revendre à un riche américain, mais, à la dernière minute, il se rétracte.
En 1995, le Domaine a changé de propriétaire et de gestionnaire. Il est devenu la propriété de deux jeunes passionnés d’équitation et de vieilles pierres, Thierry HANOSSET et Francis PROBST.
Depuis, le château a été acheté par Monsieur LAKAYE. Il a été entièrement rénové et est occupé par la société Biorem.