Martin Maes et Thomas Genon ont respectivement 16 et 20 ans. Tous deux, sportifs, se situent au sommet mondial de leurs disciplines respectives et sont nés un guidon entre les mains. Et ils sont Neupréens… Une occasion trop belle pour réaliser un portrait croisé ; Entre figures de style et dérapages contrôlés, partons à la rencontre de deux vététistes qui n’ont pas froid aux yeux !

Martin a 16 ans mais il en paraît 20; La chance à une carrure bien développée et à des avant-bras qui trahissent des milliers d’heures d’entraînement passées à « tirer » sur son guidon dans les côtes boueuses des bois du Sart-Tilman et de Seraing.
Thomas, 20 ans, est plus grand et élancé que son ami. Rompu aux interviews, il semble se demander ce qu’il va pouvoir raconter une énième fois. Qu’à cela ne tienne, les deux ont un tas de choses à échanger…

Thomas, Martin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Martin : Je m’appelle Martin Maes, j’ai 16 ans et j’habite Neuville-en-Condroz. Je pratique principalement l’Enduro VTT mais je suis également attiré par d’autres sports « plus extrêmes » et aussi par la pratique du Quad.
Thomas : Quant à moi, je suis Thomas Genon,  J’habite Plainevaux et je pratique le SlopeStyle ou Freeride. Je n’ai malheureusement pas le temps de m’adonner à d’autres hobbies puisque la pratique de mon sport me prend tout mon temps libre.

Comment en arrive-t-on à faire du cycle, quelque soit la discipline ?

Thomas Genon (BEL) - Action

Martin : Pour ma part j’ai toujours roulé à vélo. Cela est peut être dû au fait que mon père était coureur lui-même et donc pratiquait énormément de cycle. Dès 26 mois je le suivais partout en 2 roues.
Thomas : Pour ma part, je roule également depuis mon plus jeune âge et j’ai souvenir d’avoir toujours adoré ça. Puis avec l’école de VTT de Patric, on nous apprend à très vite maîtriser les bases, ce qui rend la pratique plus agréable. Puis ces bases poussées que l’on acquiert, elles nous rendent plus complets, moins exclusifs. On prend beaucoup de maturité de cette façon.

En quoi consiste l’École de VTT Patric Maes ?

Martin : Aujourd’hui, ce sont un peu plus de 100 jeunes qui assistent à quelques 25 cours par an. Les élèves sont scindés en catégories d’âge (6/11 ans et 11 ans et +). On y travaille l’endurance, le physique, la technique mais aussi les sauts et la descente.
D’ailleurs, pour preuve de la qualité de la formation, je finis 4ème lors de ma toute première compétition contre des pros.
Thomas : C’est ça, on expérimente toutes les faces possibles du VTT à Neupré et après, chacun est libre de se perfectionner dans un style bien particulier. À 13, 14 ans, j’avais mon compte de ces bases et j’avais envie de m’entraîner spécifiquement au Freeride. Mais c’est sans aucun doute une excellente école de VTT qui nous a permis de nous essayer à tout !

Mais comment se destine-t-on au Slopestyle ou à l’enduro, tout en venant de Neupré ?

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Martin : Pour s’entraîner sur des bosses par exemple, nous avions construit ensemble celle que vous voyez là (juste en face de la fenêtre du salon).
Thomas : C’est vrai ! Elle paraissait plus impressionnante quand j’avais 12 ans. Pour mes premiers essais en SlopeStyle, on roulait dans une salle avec tremplin.
Martin : C’est peut être plus un problème pour Thomas car il a besoin de plus d’infrastructures pour s’entrainer. Pour ma part, même s’il n’y a que 200m de dénivelées à Neupré, cela me permet amplement de m’entraîner au niveau physique. Puis j’ai aussi les Bois de Seraing et du Sart-Tilman qui m’offrent une opportunité à laquelle Thomas ne goûte que très peu.
Thomas : Oui, je dois beaucoup moins miser sur des compétences d’endurance que Thomas. Avec tout ce que nous avons roulé au sein de l’école de Patric, on se sent instinctivement plus à l’aise dans certaines disciplines. C’est une sorte d’orientation naturelle. Martin se trouvait plus à l’aise au niveau des trajectoires tandis que j’avais plus de facilité dans la technique et les sauts. Mais cela ne veut pas dire que je ne sais pas descendre et que Martin ne sait pas sauter.

Les gens n’identifient pas directement vos disciplines respectives, pouvez-vous nous en dire plus ?

Thomas : Le Slopestyle consiste à réaliser un certain nombre de figures sur des bosses en terre, des modules en bois et autres éléments urbains. Nous sommes alors évalués par un jury sur différents points comme les trajectoires, la précision ou le style…
Martin : L’enduro se situe entre la descente et la randonnée physique. La plupart du temps, les parcours sont techniques à profil descendant, mais cela n’empêche pas de trouver quelques montées sur ces parcours. Nous avons aussi des spéciales chronométrées, un peu comme en rallye automobile. Nous sommes donc jugés sur nos chronos ce que je trouve mieux que concernant la discipline de Thomas.

Thomas_Crankworx

Thomas : C’est vrai que c’est le gros inconvénient du Slopestyle. Nous sommes soumis à l’appréciation des juges et cela peut parfois poser problème. Par contre, un des gros points positifs par rapport à l’Enduro est qu’on preste souvent devant une foule concentrée.
Martin : Je comprends ! Vu les terrains accidentés sur lesquels on pratique l’enduro, c’est assez difficile pour les spectateurs d’assister à nos performances excepté en début et fin de course. On est aussi assez peu médiatisés mais cela est dû au fait que l’Enduro est en plein développement. C’est probablement le plus gros marché à conquérir car on peut tout y faire.

Concourir en dehors de la Belgique est donc essentiel au bon déroulement de votre carrière…

Martin : Tout à fait ! Ici, j’ai plusieurs fois terminé sur la première marche du podium lorsque je concourais aux challenges de mon père. Je suis alors parti à l’étranger pour courir contre des professionnels. C’est à leur contact qu’on avance.
De plus en ce qui me concerne, on retrouve souvent plus de dénivelés à l’étranger et cela me convient d’autant mieux. Comme je le précisais plus haut, lors de mon premier Enduro en Italie, je termine 4ème tout en ayant réalisé quelques temps scratch contre des sportifs de dix ans mes aînés.
Thomas : Dans ma discipline c’est essentiel car il n’existe presque aucune infrastructure concrète pour nous accueillir en Belgique. À contrario, l’Allemagne et la France disposent, à quelques centaines de kilomètres de chez nous, de terrains d’entraînement professionnels.
En termes de compétitions, j’ai démarré par quelques concours amateurs axés sur les sauts et quelques acrobaties avant, comme Martin, d’aller me frotter aux freestylers français et allemands. C’est LA solution pour progresser. Puis viennent alors les compétitions internationales.

N’est-ce pas trop compliqué à votre jeune âge d’être souvent à l’étranger ?

Thomas : Pour cela je dois énormément à mon père qui m’a accompagné très loin ! Mes parents m’ont soutenu dès le début en étant ultra présents à mes côtés. C’était un besoin que j’avais et auquel ils ont répondu comme il le fallait.

 Nissan Downhill cup Namur 2012

Martin : Contrairement à Thomas, j’ai la chance de pouvoir m’entrainer à Neupré et je pars essentiellement à l’étranger pour les compétitions. Mon père m’accompagne chaque fois, comme lors de ma dernière course en Italie. C’est aussi très important…

Sans oublier que vous devez aussi concilier avec l’école !

Thomas : Quelle misère… je suis content d’en être sorti car l’école n’a jamais fait que me mettre des bâtons dans les roues pour mes entrainements et les compétitions.
Martin : J’ai peut être plus de chance car la majeure partie des compétitions se déroulent durant les Vacances en Enduro.
Thomas : Mais même pendant les vacances, il faut faire attention aux repêches, étudier… ça ne te passe pas au dessus du cigare par rapport à la compétition ?
Martin : Ca va je m’en sors. Je suis motivé pour réussir et avoir mon diplôme !
Thomas : C’est sûr qu’il faut persévérer afin d’obtenir son diplôme. Car si sportivement ça ne marche pas, on ne peut pas se permettre d’être sans emploi. Mais quoi qu’il en soit, les profs ne m’ont jamais aidé. Heureusement, malgré leur manque de compréhension, je n’ai jamais éprouvé trop de difficultés au niveau scolaire. Puis ma mère qui est logopède m’accompagnait aussi, c’est un bel avantage.
Martin : Un peu comme moi qui suis à l’IPES. C’est une école très sportive. Dans ma classe, on fait du vélo à raison de deux fois par semaine mais je ne reçois pas une seule aide scolaire contrairement aux footballeurs de l’école qui bénéficient d’un accompagnement personnalisé.  Cependant, cela m’a conféré une capacité physique de très bon niveau et je me dois de leur en être reconnaissant.  Raison pour laquelle je ne voudrais pas changer d’établissement.

Et avec les filles, est-ce que le cycle de haut niveau vous apporte plus de succès qu’un étudiant « normal » ?

Thomas : Houla, je ne pense même pas à cela ! Je me concentre à fond dans mon sport ! Puis on ne s’en rend pas spécialement compte du succès qu’on a. Puis en Belgique, on n’est pas spécialement reconnu ! C’est très différent du Canada par exemple… Là-bas, il nous arrive de signer des autographes !
Martin : Sans compter que nous sommes tous les deux en couple !

Avant de parler du futur, où estimez-vous que vous vous situiez au niveau mondial aujourd’hui ?

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Martin : L’Enduro est une discipline assez neuve ! Par exemple, cela ne fait qu’un an qu’il existe une coupe du Monde !
Mais si je dois évaluer mes performances, j’estime me trouver actuellement parmi le TOP 4 mondial. C’est le classement moyen que j’ai obtenu en 2013. Mais à titre informatif, il faut savoir qu’en World Series, les 15 premiers classés se tiennent en moins d’une minute. Ce sont donc une multitude de détails qui peuvent faire la différence.
Actuellement, il y a deux coureurs qui se situent devant moi dont Jérome Clementz qui  n’est autre que le champion du monde 2013. J’étais à 25 secondes de lui lors de ma dernière compétition.
Thomas : Cette année, je pense me situer également dans le Top 4 mondial. L’année passée, j’ai remporté la Crankworx Whistler alors que j’étais outsider. Pour les Slopestylers, cela représente la compétition la plus élevée au monde. C’est ça qui m’a révélé, même si j’avais déjà gagné d’autres compétitions.

Ce qui attire l’intérêt des sponsors !  Vous êtes d’ailleurs chacun sponsorisés par des marques mondialement connues. Lesquelles et comment cela se passe-t-il ?

Martin : Je fais partie de l’équipe Atherton et suis sponsorisé par GT. C’est une équipe composée de 3 coureurs, frères et sœur de très haut niveau, auxquels viennent se greffer d’autres jeunes coureurs à l’avenir prometteur.
C’est assez neuf puisque j’ai été contacté en novembre 2012 alors que j’étais sponsorisé par la marque Yéti.  Ce fut assez difficile de prendre une décision car c’est une équipe anglophone. J’étais un peu réticent mais aujourd’hui, je parle anglais et suis complètement intégré à mon équipe. Tout se passe très bien ! Sans compter qu’ils me permettent d’évoluer avec du matériel d’exception puisqu’ils me le fournissent tout, du vélo jusqu’à l’équipement entier. J’ai conscience de faire partie d’une équipe du top niveau.
Thomas : C’est différent me concernant. J’ai signé un contrat avec une agence de cycle qui m’avait démarché. Tout le matériel m’est donc fourni, mais de manière indépendante. C’est-à-dire que le cadre, les roues, les pédales, peuvent provenir de fournisseurs différents.
Par ailleurs, je suis sponsorisé par RedBull qui m’octroie un budget de représentation. C’est très différent d’un sponsor matériel puisque cela me permet tout de même de gagner ma vie ! Bref, on mise dans ce cas sur notre image, et c’est du gagnant-gagnant…

 

Et pour l’avenir, quels sont vos objectifs dès 2014 ?

Martin : Je dois encore et toujours m’améliorer, peaufiner les quelques détails qui me séparent de la première marche du podium.  Actuellement, il est difficile d’aller chercher les deux premiers mondiaux. Je fais encore trop d’erreurs par rapport à eux et je dois donc acquérir de l’expérience.
J’espère donc pouvoir être au coude-à-coude avec eux pour 2014 grâce à la belle marge de progression qu’il me reste !s780_CWX_joyride_MO_0193

Thomas : Pour ma part j’espère également combler le retard que j’ai sur le TOP 3 mondial. Afin d’y remédier, je vais temporairement m’installer à Aix-en-provence où les conditions d’entrainement sont idéales. Je mets ainsi toutes les chances de mon côté afin de gommer les quelques détails qui me séparent d’eux. Puis je vais m’entrainer aux côtés de Slopestylers de mon niveau, ça devrait être très enrichissant.

Martin : C’est une bonne chose pour toi pour bénéficier de meilleures conditions d’entraînements. Moi je reste vivre en Belgique mais je vais participer à des stages en Espagne aux côtés de mon équipe et des autres coureurs.
J’espère qu’on se retrouvera dans le Colorado l’année prochaine…
Thomas : Et pourquoi ne pas décrocher un titre tous les deux !

Consultez sans plus attendre la vidéo de la victoire de Thomas Genon à la Crankworx Whistler 2012 ainsi que la fulgurante descente de Martin Maes au World Series 2013.