Pour cette troisième rencontre, nous avons décidé de nous intéresser à l’art et plus particulièrement à la cristallerie. Nous avons rencontré Monsieur Louis Leloup, Maître verrier d’exception, mais pas seulement. Un Artiste passionné à découvrir sans plus attendre…

Monsieur Leloup, avant toute chose expliquez nous vos débuts dans le métier de verrier…

Tout commence en 1947 lorsque je rentre aux cristalleries du Val-Saint-Lambert en tant qu’apprenti verrier. J’avais 18 ans à l’époque et j’avais déjà fait quelques petits boulots qui ne me passionnaient pas vraiment. À l’époque, lorsque vous étiez embauché à la cristallerie, vous touchiez directement une prime de 125 francs et je dois bien avouer que celle-ci avait nourri ma motivation à m’engager auprès du Val-Saint-Lambert.

Vous commencez donc comme apprenti verrier ?

Oui. Tout un chacun qui débutait dans le métier était confiné pour une période plus au moins longue au poste d’apprenti. Durant une période de plus ou moins deux ans, nous étions tous formés aux différentes techniques de travail du cristal.
J’ai très vite accroché au métier pour lequel on me reconnaissait des compétences et j’ai rejoint rapidement une équipe de travail à la demande du Maître verrier Fernand Menegaz. Tout va ensuite relativement vite et je deviens au fur et à mesure des années le second maître verrier de l’équipe…

Que se passe-t-il à ce moment de votre carrière ?

Nous sommes en 1956 et l’exposition universelle de Bruxelles se profile à l’horizon (1958). La direction du Val-Saint-Lambert avait chargé les ouvriers qualifiés de créer une pièce d’exception bien précise pour l’évènement, mais malgré leur acharnement au travail, aucun n’y parvenait.
En tant que second, je n’étais pas autorisé à produire cette pièce mais j’étais pourtant persuadé de pouvoir y arriver sans trop de problèmes. J’ai donc demandé la permission au directeur de tenter le coup ; Et ce fût une belle réussite au bout de trois jours de travail. Instantanément alors, je suis mis à la tête d’une équipe de dix personnes qui, toutes, produisent mes pièces.
Au fil des années, j’ai ensuite affiné ma technique. La direction me poussait dans mes créations et allait jusqu’à m’octroyer des bonus en plus de mon salaire mensuel. J’étais également libre de créer des pièces pour mon propre compte durant mon temps libre. Bref, une situation idéale, jusqu’en 1971 avec l’arrivée d’un nouveau directeur. Celui-ci n’était pas d’accord de m’octroyer ce traitement de faveur et il me supprima tous mes avantages. C’était une façon de me montrer la sortie…

Vous quittez le Val-Saint-Lambert en 1972 après 25 ans de service. Que faites-vous ensuite ?

Juste après mon départ, je me suis construit un four de fortune dans mon petit atelier afin de continuer à travailler mes propres pièces. J’ai rapidement rencontré le succès mais je cherchais à mieux me faire connaître en dehors des frontières belges. Je décidai donc de me rendre en France aux prestigieuses cristalleries Daum où César, Dali et Picasso signaient déjà des pièces. J’y rencontrai Jacques Daum qui me dira à la fin de notre entretien : « Monsieur Leloup, vous avez 25 ans d’avance sur tout le monde ! » Une belle preuve de reconnaissance. J’ai ensuite très vite exposé à Bruxelles, à la fin de l’année ‘72.

Viennent ensuite vos rencontres avec Harvey Littleton puis Erwin Eisch…

Effectivement ! Je ne connaissais pas Monsieur Littleton, un américain qui s’avérait être un des meilleurs maîtres verriers de l’époque. Il avait entendu parler de mon travail en visitant le Val-Saint-Lambert et voulait absolument me rencontrer. Nous avons sympathisé et nous sommes partis dès le lendemain rejoindre son ami Erwin Eisch, lui aussi verrier, dans le sud-est de l’Allemagne.
Avec Eisch également nous nous sommes rapidement liés d’amitié et nous avons décidé, tous les trois, de nous rendre à Zurich à un Symposium International où un four avait été construit pour l’occasion.
Entouré de nombreux verriers qui travaillaient sur ce four, j’ai choisi de réaliser une pièce nécessitant deux cannes ; Une pratique peu courante.
Sans m’en rendre compte, un monde fou s’est alors massé pour me regarder travailler et un journaliste présent pour l’occasion a immortalisé la scène pour en faire, le lendemain, la « Une » d’un journal zurichois. Un coup de chance, en quelque sorte, qui me fît connaître internationalement auprès des amateurs du genre.

Tout s’enchaîne ensuite pour vous. Vous exposez dans le monde entier et notamment, au Japon. Pouvez-vous nous expliquer ?

Après le Symposium de Zurich, de nombreuses expositions ont été programmées. Parfois jusqu’à vingt dans une même année. Je rencontrais beaucoup de succès en Allemagne et en France, puis vient 1989 et la Foire Internationale de l’Art à Tokyo où je disposais d’un stand. Dès l’ouverture de la Foire, un visiteur japonais m’a contacté. Il voulait m’acheter l’ensemble de la collection exposée pour peu qu’il devienne le distributeur officiel de mes pièces au pays du soleil levant. Une offre qu’on ne peut pas refuser. J’ai immédiatement accepté. Il s’agissait de Shiro Ohtani, un designer extrêmement connu au Japon.
J’ai donc rencontré rapidement le succès au Japon car Monsieur Ohtani organisait des expositions à travers tout le pays. Puis un jour, il me présenta un projet que je n’aurais pu imaginer : La création d’un musée Louis Leloup…à Kyoto ! Incroyable pour moi qui suis né dans une toute petite maison à Seraing. Et pourtant…

Peut-on considérer que ce musée représente pour vous la consécration de toute une vie d’artiste ?

Oui très certainement ! C’est une si grande satisfaction. Mais d’autres évènements sont venus couronner ma carrière à divers moments. J’ai notamment pu créer des trophées pour le festival de Cannes durant trois ans et j’ai eu l’honneur en 2003 de remettre une de mes créations, « La Madone de la Lumière » en main propre au pape Jean-Paul II. Aujourd’hui, cette pièce fait partie du patrimoine du Vatican…

En 2013, Louis Leloup crée toujours des pièces uniques dans son atelier de Seraing.
Retrouvez plus d’informations sur Louis Leloup, l’un des plus grands maîtres verriers au monde sur son site.