Il y a beaucoup à dire sur le peintre, sculpteur et scénographe Philippe Waxweiler… Prompt à l’humour et au coup de gueule, collectionneur fantaisiste, orateur talentueux, amoureux de jazz, de voyages et de belles toiles. Portrait de ce Neupréen haut-en-couleur !

Après un mail et quelques coups de téléphone, ça y est ! Le rendez-vous est pris un mercredi à 14h30… Avec un peu de retard, me voici devant l’antre de l’artiste, située « Murmure des Grands Arbres », dans les tréfonds du bois de Rognac. Une artère qui, semble-t-il, inspira Roger Peyrefitte* qui lui écrit un jour : « Quelle adresse que la vôtre ! Murmure des Grands Arbres… Comment ne seriez-vous pas peintre ou poète ». C’est donc chez l’artiste que se déroule l’entretien, dans sa demeure à mi-chemin entre l’habitation et le musée tant celle-ci regorge de tableaux. Cette adresse, Waxweiler y réside désormais depuis 40 ans… Et c’est non loin de là, à la salle du Coude à Coude, qu’a eu lieu en 2006 la bien nommée « Un peintre sur ses terres », une exposition organisée par l’échevinat de la culture sous la tutelle de Benoît Hons.

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Ce qui frappe le plus lorsque vous discutez avec Philippe Waxweiler, ce sont les multiples passions qui l’habitent. Passion de créer, de rencontrer, de communiquer. Passion de se diversifier aussi. Car c‘est un touche-à-tout qui prend un malin plaisir à jongler avec les différents supports qui s’offrent à lui, passant de l’un à l’autre sans discontinuer, dans un besoin frénétique de se réinventer, de ne pas s’enfermer dans un cadre trop strict, trop rigide. Ainsi a-t-il réalisé, entre autres, des tapis, des étiquettes de bouteilles de vin, des couvertures de livres, des décors de théâtre…

Et pourtant, cohérence et continuité font partie intégrante de son oeuvre et certaines couleurs, certaines textures ponctuent ses réalisations de façon récurrente. À l’instar de ce bleu, un peu irréel, souvent omniprésent dans ses tableaux. Ou de ses oiseaux : blanches cigognes élancées qui semblent « migrer » de toile en toile, évocation poétique du voyage et de la fuite du temps. On peut également citer son besoin d’apporter du relief, de la matière. Effets qu’il crée en effectuant de multiples collages.

D’ailleurs, le début du succès arrive durant sa période « spaghetti » : “Wax“, comme le surnomment ses amis, réalise à l’époque des tableaux à base de pâtes alimentaires collées et recouvertes de peinture de carrosserie. Une idée qui lui vient d’un bricolage ramené de l’école par Dimitri, un de ses 4 enfants. « Tu as fait ma fortune » lui répète-t-il souvent depuis.

En 40 ans de carrière, Waxweiler a fourni une production prolifique. Sans doute est-ce là un reste de son expérience de créateur publicitaire, son premier « job » qu’il exerça pendant 5 ans dans diverses agences à sa sortie de St-Luc Liège, l’école d’art où il effectua ses études de publicité et de graphisme. À l’époque, l’impératif fixé est de remettre une création par jour. Comme il le confie, ce fut très difficile de tenir le rythme, voire infaisable. « En sortant de l’école, il me restait énormément à apprendre. Au début, je ramenais du travail à domicile après journée ainsi que le week-end. Pour réussir à respecter les deadlines, il fallait travailler très vite » explique-t-il.

Mais Philippe Waxweiler, c’est aussi un amateur de dîners mondains se réjouissant de côtoyer des personnalités, se félicitant de ses rencontres. Pour l’artiste, les gens n’arrivent pas là où ils sont par hasard mais par leur travail… Et lui de se réjouir d’avoir pu rencontrer Amélie Nothomb, Jean-Claude Brialy, Costa Gavras, Eric Emmanuel Schmitt, Laurent Terzieff, Roman Polanski, Pierre Arditti et bien d’autres… « La vie c’est ça : des rencontres, des hasards… Il faut être très attentif. »

Greta la divine

Ainsi, si le monde est un théâtre, “Wax“ préfère y côtoyer les meilleurs comédiens. Et de théâtre, il en est un afficionados, amateur tant de comédie que de drame. C’est d’ailleurs au « Bateau ivre », une modeste salle liégeoise qu’il expose pour la première fois en 1972 et, depuis, le monde de la scène ne l’a jamais quitté. Par la suite, il réalisera un grand nombre de décors pour le « Théatre Arlequin » à la demande de son ami José Brouwers pour lequel il est actuellement occupé à réaliser celui de Barbe bleue, l’adaptation du roman d’Amélie Nothomb paru en 2012. Pièce dont une représentation aura lieu au Château de Waroux en juin 2014 à l’occasion d’une exposition organisée en l’honneur du 70ème anniversaire de l’artiste.

En conclusion, si Waxweiler a su imposer son nom dans le monde des arts et de la peinture c’est grâce à la poésie qui se dégage de ses toiles. Et comme il aime à le répéter : « Si vous quittez mes toiles en gardant à l’esprit un sentiment d’ironie et d’humour, c’est que nous aurons fait un bout de chemin ensemble ».

*Roger Peyrefitte est un écrivain français né à Castres en 1907 et mort en 2000 à Paris